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La location de voitures d’abord… et Témara en dernier !

Témara / Par : Abdelmourhit Lmameri

Quand la commune de Témara se transforme en agence de location de voitures au lieu d’être un levier de développement.
Une fois de plus, des décisions refont surface et soulèvent plus d’un point d’interrogation quant aux priorités de la gestion des affaires locales dans la ville de Témara. Cela fait suite à l’annonce publiée par la commune de Témara, relevant de la préfecture de Skhirate–Témara, concernant l’achat par bons de commande n° 83/2025, portant sur la location de 10 véhicules au profit des services communaux pour une durée de 12 mois, conformément aux dispositions de l’article 91 du décret n° 2-22-431 relatif aux marchés publics.
À première vue, il peut s’agir d’une simple procédure administrative. Mais dans le fond, cette décision révèle un dysfonctionnement structurel dans l’ordre des priorités et met en lumière une logique de gestion qui persiste à épuiser les deniers publics dans des dépenses de fonctionnement controversées, alors même que la ville est engluée dans des crises structurelles et de services que nul ne peut ignorer.
Des voitures aux caractéristiques « luxueuses »… pour une ville laissée à l’abandon
L’annonce évoque la location de véhicules répondant à des critères précis :
des voitures âgées de moins de cinq ans, climatisées, à cinq portes, équipées de vitres électriques, fonctionnant au diesel, avec une puissance fiscale d’au moins 6 chevaux, incluant l’entretien, les réparations et une assurance tous risques couvrant le vol, le bris de glace et les dommages corporels du conducteur et des passagers.
Tout cela pose une question légitime :
Témara vit-elle dans l’abondance des services essentiels au point de consacrer son budget à une flotte de véhicules répondant à de telles spécifications ?
Quel est donc ce raisonnement au regard de la réalité de la ville ?
Car Témara, comme le savent ses habitants, souffre de :
la dégradation des infrastructures dans plusieurs quartiers ;
des embouteillages quotidiens étouffants ;
un manque criant d’équipements sociaux et culturels ;
une faible qualité des services de propreté et d’éclairage public ;
des pannes récurrentes dans certains quartiers ;
une anarchie persistante des espaces verts et la dégradation du sol de la majorité des terrains de proximité.
Face à cette situation, la décision de louer dix véhicules pour une année entière apparaît déconnectée du pouls de la ville, comme si la commune fonctionnait en vase clos, ou comme si la souffrance des habitants ne faisait pas partie des équations de la gestion locale.
Les bons de commande… une porte dérobée aux dépenses ?
Le recours aux bons de commande, bien que légal, suscite d’autres interrogations en matière de gouvernance et de transparence, surtout lorsqu’il s’agit de services récurrents et coûteux. Il aurait été plus judicieux d’envisager des solutions moins onéreuses à moyen terme : l’acquisition rationnelle de véhicules, la rationalisation du parc communal, ou même une réévaluation du besoin réel d’un tel nombre de voitures.
Sommes-nous face à une nécessité objective pour les services communaux ?
Ou plutôt à une logique de « confort administratif » au détriment de l’argent public ?
Qui rend des comptes ? Et qui justifie ?
Le plus grave dans ce type de décisions n’est pas seulement leur coût financier, mais l’absence totale de communication ou de justification à l’égard de l’opinion publique locale.
Aucune clarification sur le budget alloué, aucune explication quant à la pertinence de ce choix, aucun lien établi entre cette dépense et un impact direct sur l’amélioration des services rendus au citoyen.
Dans un pays qui prône la rationalisation des dépenses et la corrélation entre responsabilité et reddition des comptes, il devient inacceptable de faire passer de telles décisions dans un silence administratif glacial, comme si l’argent public relevait d’une propriété privée.
Témara n’a pas besoin de voitures… mais d’une vision
Ce dont Témara a besoin aujourd’hui, ce ne sont pas de nouvelles voitures pour les bureaux de la commune, mais :
une vision claire du développement local ;
des décisions courageuses plaçant le citoyen au cœur des priorités ;
une rupture avec les dépenses cosmétiques qui ne se traduisent pas par une amélioration de la qualité de vie.
La location de voitures peut servir l’administration, mais elle ne sert ni la ville, ni la réhabilitation de ses routes, ni l’éclairage de ses rues, ni la préservation de la dignité de ses habitants.
Et la question qui demeure en suspens est la suivante :
Jusqu’à quand les priorités resteront-elles inversées dans la gestion de la commune de Témara ?

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